22 février 2006
Docteur, soigne mon coeur
Chapitre
24 : "Où la passion est aussi grande que celle d'Omar Sharif pour le Tiercé"
Encore étendue sur le bureau de style en
pire de Jean-Byron et alors que les sabots d'«Ejaculation Précoce du Dimanche
Matin», le fougueux cheval de course de son amant résonnaient au loin sur le
bitume sonore de l'avenue, Karina se sentit tout à coup bien mélancolique. Les
yeux tristes et embués de larmes d'allégresse, elle parcourut de son regard
bovin le théâtre des opérations, lourd d'un silence presque gêné après ce
concerto en raie majeure. Devant la violence de l'assaut charnel, l'ouragan
coïtal avait tout emporté: les ordonnances, collées au plafond par les
frénétiques déplacements d'air et la moiteur tropicale de leurs ébats,
tombaient maintenant une à une sur le tapis moucheté, telle une neige pudique
jettant le voile sur un bonheur bien trop grand. Elle même, prise dans la
fureur médico-juridique de ce pilonnage, bref mais intensif, ne s'était pas
rendue compte qu'elle tenait prisonnière entre ses seins gonflés d'excitation
le petit buste en plastique moulé de Maître Collard, celui auquel Jean-Günter tenait
tant. Reprenant peu à peu ses esprits et tâchant de remettre la main sur son
string de guerre, Karina huma avec délice l'odeur de transpiration aigre et
besogneuse qui flottait dans le cabinet. Jamais un homme n'avait autant malmené
un déodorant stick-large pour la satisfaire, se dit-elle. Toutefois, entre
autres, le doute l'emplissait. Fermant les yeux, elle se mit à revivre secondes
après secondes cette étreinte sauvage dans le but de mettre au jour les raisons
de son malaise persistant : l'entrée en matière de Jean-Almüt, lourde et
désespérée, lui évoquait sans doute possible la traditionnelle «ouverture
polonaise», baptisée ainsi après-guerre pour commémorer la résistance acharnée
des fiers cavaliers polaks chargeant les blindés allemands à la lance. De fait,
Karina avait la tenue de route et la classe toute germanique d'un véhicule
amphibie et Jean-Ingmar sentait fort l'étable. Cependant, son développé-couché
pouvait laisser perplexe et trahissait l'originalité d'un franc-tireur, même
pour une experte des relations européennes à la curiosité aussi insatiable que
Karina. Son déhanché iconoclaste diffusait des rythmes chaloupés qui
tournoyaient encore autour de son pelvis, comme les hoola-hoops fluorescents de
son enfance...
Debout au milieu de ce bureau trop feutré
empestant le kebab finlandais et la gabégie décorative du parvenu, la jupe
retroussée en accordéon sur ses cuisses luisantes de foutre séché, la jeune
femme sentait les moindres replis de son corps vibrer au souvenir de ce désir
furtif. Mais Karina ne pouvait se résoudre à n'être qu'un vulgaire oeuf à la
coque offert à la libido malade d'une mouillette priapique. Devenir le poney
débauché d'un obscur notable de province, ivre de sauts d'obstacles décadents
et de critériums échangistes, tels n'étaient pas ses projets d'avenir. De plus,
le mors coincé derrière ses maxillaires la faisait abondamment baver sur son bustier
de flanelle, ce qui n'était pas très kawaï, il fallait bien en convenir. La
selle en pilou-pilou qui lui avait laissé le creux des reins à vif sous les
mouvements hystériques de son jockey gisait désormais sur la moquette fuschia
comme un vieux gigolo pathétique au crépuscule de sa vigueur.
Il était temps; cette parenthèse équestre
devait se refermer. Rassemblant ses vêtements maculés de tâches dressant la
cartographie de contrées inconnues, elle poussa la porte et s'engagea dans la
rue muette. Le soleil levant au dessus des buildings phalliformes l'invitait
déjà à se remettre en quête de cet amour bourgeois et glabre qui depuis
toujours l'attendait quelque part, au détour d'une cravate de notaire ou d'un
redressement fiscal. La démarche hésitante, claudiquant comme seules savent le faire
celles que l'on a trop aimé, Karina souriait à son destin laissant derrière elle
cette effluve de sexe ambré, émoi matinal du jeune puceau sur le chemin des
écoliers.
Le taulier n'est pas là
Voilà, j'ouvre à sa place mais il passe cherche les clefs quand il veut (il pourra refaire la déco).
Ataraxie
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